À l’occasion du sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président guinéen Mamadi Doumbouya a appelé à une réforme des institutions de l’organisation sous-régionale, afin de mieux les adapter aux réalités actuelles des États et des peuples ouest-africains.
Dans la continuité de son plaidoyer en faveur d’une CEDEAO davantage tournée vers l’intégration et la prospérité des peuples, le chef de l’État guinéen a estimé que la force d’une communauté ne se mesure pas à sa capacité à sanctionner ses membres. « Une communauté forte n’est pas celle qui sait le mieux sanctionner les membres, c’est celle qui sait le mieux les faire prospérer ensemble. Nous devons adapter nos institutions à la réalité de notre époque. On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle à son traitement, chaque situation appelle sa réponse’’, a-t-il soutenu.
Pour lui, les États de la sous-région ne peuvent être soumis à une même approche, sans tenir compte de leurs histoires et de leurs réalités propres. « Il en va de même pour nos nations. Chaque nation, chaque peuple porte une histoire, des déséquilibres et des urgences qui lui sont propres. Vouloir appliquer à des réalités différentes une seule et même ordonnance, aussi bien intentionnée soit-elle, ce n’est pas de la rigueur pour moi. C’est une méconnaissance de la nature même de nos sociétés », a-t-il affirmé.
Mamadi Doumbouya a également plaidé pour une réforme des textes fondateurs de la CEDEAO, estimant que ceux-ci ne correspondent plus totalement au monde actuel. « Nos textes fondateurs ont plus d’un demi-siècle. Le monde qu’il décrivait n’est plus tout à fait celui que nous vivons. Je le dis avec la conviction d’un homme d’État soucieux de la pérennité de la CEDEAO. Réformer nos institutions n’est pas affaiblir, c’est les inscrire dans la durée. Réformer nos institutions, c’est les adapter à nos valeurs, à nos réalités, à nos coutumes, à nos traditions séculaires. Réformer nos institutions, c’est prendre en compte nos réalités », a poursuivi le président guinéen.
Évoquant la question des frontières héritées de la colonisation, Mamadi Doumbouya a appelé à ne pas perdre de vue les liens historiques et humains qui unissent les peuples de la sous-région.
« Si nous avons respecté la règle de l’intangibilité des frontières héritées des accidents de l’histoire, nous ne devons peut-être pas oublier qu’elle ne fasse pas la réalité des relations et les liens qui unissent toujours et à jamais les peuples. Les frontières artificielles héritées de la colonisation les ont certes séparés, mais nous ne pouvons prendre la responsabilité de les diviser davantage et, plus grave, de les opposer, d’affamer les mêmes familles qui se trouvent de part et d’autre des frontières. Ça serait contraire à l’idée même qui a amené les pères fondateurs à créer cette communauté », a-t-il estimé.
Pour conclure, le président guinéen a appelé à trouver un équilibre entre le respect des principes communautaires et la prise en compte des réalités propres à chaque État. « Il nous faut des mécanismes qui distinguent la fermeté des principes de la rigidité des méthodes, qui reconnaissent la légitimité de chaque nation déterminée jusqu’au dernier souffle, s’il le faut, à assurer le bien-être et la dignité de son peuple. C’est ça la boussole », a annonce le numéro 1 guinéen.














