Le Premier ministre, chef du gouvernement, Bah Oury, est revenu sur les circonstances ayant retardé l’arrivée du premier câble sous-marin en Guinée, estimant que certaines décisions du passé ont coûté au pays d’importantes opportunités économiques.
S’exprimant lors de la cérémonie de signature du projet MEDUSA Africa, le chef du gouvernement a rappelé que la Guinée avait accusé un important retard dans le domaine des infrastructures numériques. « Il y a 13 ans, le premier câble est venu. Après combien d’années de retard ? », s’est interrogé Bah Oury devant les participants.
Selon lui, ce retard s’explique notamment par les réticences et les craintes exprimées à l’époque autour de l’installation du premier câble sous-marin à Conakry. « Lorsque le premier câble devait passer à Conakry, ils ont fait peur au président Lansana Conté en disant que cela allait faire perdre à la Guinée sa souveraineté nationale », a déclaré.
Le Premier ministre explique qu’à l’époque, certains responsables estimaient que l’arrivée du câble allait rendre les communications incontrôlables et exposer davantage le pays. « On disait que les communications seraient telles qu’on ne pourrait plus les maîtriser et que cela représentait une perte de souveraineté », a-t-il rapporté.
À cela s’ajoutait également la question du financement du projet. Selon Bah Oury, le coût de participation de la Guinée, évalué à 10 millions de dollars, avait été jugé excessif par certains décideurs. « Certains estimaient qu’il ne fallait pas payer 10 millions de dollars pour quelque chose qui n’avait pas d’intérêt », a-t-il regretté.
Le chef du gouvernement a déploré le manque de vision stratégique de plusieurs responsables de l’époque, malgré leur position au sein de l’appareil d’État. « Pourtant, c’étaient des responsables supposés ouverts sur les réalités du monde, mais qui n’ont pas eu ce sens de l’humilité qui consiste à s’informer et à observer ce que font les autres », a-t-il souligné.
Pour lui, les autres pays investissent dans ce type d’infrastructures non pas par hasard, mais parce qu’elles représentent des outils utiles, rentables et tournés vers l’avenir. « Les autres ne font jamais quelque chose parce que c’est inutile. Ils le font parce que c’est utile, rentable et anticipateur », a insisté Bah Oury.
Le Premier ministre estime aujourd’hui que ce retard a privé la Guinée d’importantes opportunités économiques et financières. « Ces 10 millions de dollars nous ont fait perdre beaucoup d’opportunités qui auraient pu générer des millions, voire des centaines de millions de dollars », a-t-il affirmé.
À travers cette rétrospective, Bah Oury a voulu mettre en garde contre les hésitations face aux mutations technologiques actuelles. « Dans le monde actuel, les choses vont tellement vite. Le sens de responsabilité d’un gouvernant, c’est de ne pas se limiter uniquement à ce qu’il conçoit individuellement », a-t-il déclaré.
Selon lui, la rapidité des transformations mondiales impose désormais aux dirigeants une plus grande capacité d’anticipation et d’ouverture. « Le monde de demain change tellement rapidement que même l’intelligence individuelle paraît parfois insuffisante pour envisager le futur », dit le locataire du palais de la Colombe.














