Le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a livré son analyse sur la crise de cash qui secoue actuellement la Guinée. Selon lui, le phénomène ne touche pas de la même manière l’ensemble du territoire national et reste davantage concentré dans les centres urbains.
« Il y a plusieurs niveaux d’analyse de la crise. Est-ce que c’est un facteur qui touche tout le territoire national ou bien est-ce que cela se concentre dans les grands centres ? C’est la première question. On sent bien que la revendication est plutôt urbaine, parce que dans le monde rural, chez nos populations de base, la circulation continue, les volumes échangés n’étant pas les mêmes, n’est-ce pas ? », explique le porte-parole du gouvernement.
Abordant le rôle de la Banque centrale, le ministre rappelle que des montants importants ont été injectés dans le circuit bancaire. « Le gouverneur de la Banque centrale est convoqué, il vient donner des explications. Il a dit avoir injecté dans les banques primaires 1 000 milliards de francs guinéens en espèces, déposés dans les banques. En combien de temps ? En trois mois. Sur les trois premiers mois de 2025, ce sont 1 000 milliards de francs guinéens qui ont été injectés. On ne peut donc pas dire qu’il n’a pas mis de billets à disposition », souligne-t-il dans l’émission le Grand Angle sur la Télévision nationale.
Pour lui, le véritable problème se situe dans le retour des billets vers le système bancaire. « Après, les billets sortent des banques primaires. Cela veut dire que l’État et les institutions financières font leur part. On fabrique les billets, on les met à disposition des banques, les banques les reprennent et les mettent à disposition des clients, mais ils ne reviennent pas dans le circuit. »
Ousmane Gaoual Diallo estime que la rétention du cash hors du circuit bancaire aggrave la situation. « Cela signifie que lorsque vous retirez votre argent, non seulement vous ne le consommez pas sur le marché, mais en plus vous ne le redéposez pas à la banque. C’est cela que ça veut dire. Quand on prend son argent à la banque, on se dit que c’est pour dépenser. Oui, mais si vous dépensez, l’argent circule ; si vous ne dépensez pas, vous le gardez chez vous. »
S’appuyant sur les chiffres avancés par le gouverneur de la Banque centrale, il insiste sur la gravité du phénomène. « Le gouverneur de la Banque centrale a d’ailleurs sorti des statistiques effrayantes. Il dit que sur 100 billets mis en circulation, un seul revient à la banque. C’est quand même grave. Cela veut dire que les gens gardent l’argent à la maison. Alors, plusieurs facteurs peuvent expliquer cela. La crise de confiance peut être là, mais la crise de confiance en qui ? Entre les banques et les acteurs économiques, ce n’est pas forcément une crise de confiance qui pousse à dire : “Je retire mon argent.” Moi, j’ai de l’argent à la banque, je ne le retire pas. Ce n’est pas vous et moi qui retirons l’argent au point de provoquer une difficulté de circulation ».
Il rappelle également les plafonds fixés pour les retraits. « Surtout que l’État nous dit que nous pouvons sortir un million de GNF par jour. Je ne crois pas qu’autour de cette table, quelqu’un ait besoin de plus que cela. Quand on a 1 million de GNF par jour pour ses besoins de fonctionnement quotidien, pour un acteur moyen de notre société, c’est bon. Parce que nous n’avons pas des revenus supérieurs à cela. Moi, je n’ai pas de revenus de plus d’un million par jour. Et je crois que c’est le cas de 90 % ou 95 % de nos compatriotes. »
En revanche, il reconnaît que les besoins des entreprises sont d’une autre ampleur. « Maintenant, qui a besoin de 500 millions de GNF par jour ? Ce sont les entreprises. Aujourd’hui, c’est leur limite. Une entreprise peut sortir 500 millions de GNF par jour et, si elle a des opérations, c’est possible », a-t-il précisé.
Pour illustrer son propos, Ousmane Gaoual Diallo raconte le cas récent d’un opérateur économique venu se plaindre. « La semaine dernière encore, un opérateur est venu se plaindre chez moi, en me disant que j’avais affirmé qu’il n’y avait pas de crise de liquidité. Je lui ai demandé : “Est-ce que tu as de l’argent en compte ?” Il m’a répondu oui. Je lui ai dit : “Fais ton chèque et donne-le à un coursier, il va aller retirer ton argent.” »
Le ministre poursuit : « Il l’a fait, il est parti, puis il est revenu en disant qu’on ne pouvait pas lui donner l’argent. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a dit : “C’est 1 milliard de GNF, c’est limité à 500 millions.” Je lui ai répondu : “Mais retire déjà les 500 millions, puis renvoie ton coursier.” Il a pris les 500 millions, il est allé et il est revenu avec l’argent ».
Pour lui, cette situation démontre que la difficulté n’est pas forcément une absence de liquidité, mais un problème de circulation du cash. « Cela veut dire que, pour un opérateur économique, 500 millions de francs guinéens, soit environ 50 000 euros, ce n’est quand même pas un petit montant. Donc, si vous avez la possibilité de sortir 500 millions et de faire tout le reste par virement, où est la crise finalement ? »
Et de conclure : « La crise, c’est que lorsque je prends ces 500 millions et que je les mets dans mes coffres à la maison, je provoque une absence de circulation. Non seulement je n’en ai pas besoin pour mes consommations, mais en plus je l’ai retiré du circuit qui aurait permis à l’économie de tourner. Cela concerne surtout les gros investisseurs, peut-être 1 % de nos compatriotes qui sont dans ce cadre ».














