L’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo a vivement critiqué la politique du président Mamadi Doumbouya, notamment sur la question de la détention et de la libération des citoyens. Dans une déclaration, il estime que le chef de l’État cherche à concentrer entre ses mains l’essentiel des pouvoirs et dénonce le recours à la grâce présidentielle dans le cas d’Aliou Bah.
Pour Cellou Dalein Diallo, Mamadi Doumbouya démontre « chaque jour » que la détention ou la liberté des citoyens guinéens, ainsi que la jouissance de leurs droits, dépendraient désormais de « son bon vouloir et de sa volonté souveraine ».
« Il voudrait faire des citoyens guinéens ses obligés, voire ses sujets, et de l’État et de ses institutions, sa chose », affirme l’ancien Premier ministre.
Poursuivant sa critique, Dalein établit un parallèle avec le règne de Louis XIV, auquel est attribuée la célèbre formule « L’État, c’est moi ».
« Si Louis XIV avait prétendu que “l’État, c’est lui”, pour Mamadi Doumbouya, “l’État, le pays, la justice, l’économie, tout, c’est lui”. En tout cas, il voudrait décider, comme il l’entend, du destin de chacun et de tous », dénonce-t-il.
Cas Aliou Bah…
L’ancien Premier ministre revient notamment sur le cas d’Aliou Bah, arrêté le 26 décembre 2024 et condamné, le 25 janvier 2025, à deux ans de prison ferme pour « offense au chef de l’État ».
Selon Cellou Dalein Diallo, cette arrestation et cette condamnation étaient injustifiées. Il estime qu’Aliou Bah a ainsi été privé de liberté pendant près de vingt-deux mois alors qu’il « n’aurait jamais dû être arrêté ou condamné ».
Dans ce contexte, il rejette l’idée que le chef de l’État puisse se présenter comme celui qui met fin à une injustice dont il serait lui-même, selon lui, à l’origine.
« On ne peut pas gracier quelqu’un qui n’aurait jamais dû être condamné. Mamadi Doumbouya ne peut pas être à la fois l’auteur de l’injustice et celui qui vient ensuite s’attribuer le mérite d’y mettre fin », soutient-il.
Il estime également qu’une grâce présidentielle ne saurait effacer les conséquences de la détention.
« La grâce ne fait disparaître ni l’injustice initiale, ni les mois de liberté volés, ni les préjudices subis par Aliou Bah et sa famille », affirme-t-il.
Dans sa déclaration, le président de l’UFDG évoque également les décisions de la Cour de justice de la CEDEAO concernant Aliou Bah.
Il rappelle que, le 25 juin dernier, la juridiction communautaire, saisie du dossier, avait ordonné à l’État guinéen de procéder à sa « mise en liberté immédiate et sans condition ».
Cellou Dalein Diallo affirme par ailleurs que, le 25 septembre dernier, la Cour de justice de la CEDEAO avait saisi l’État guinéen afin de s’assurer de l’exécution de son arrêt, qui, selon lui, était jusque-là resté sans effet.
Pour l’opposant, si le président Mamadi Doumbouya était réellement préoccupé par la libération d’Aliou Bah, il aurait simplement dû faire appliquer la décision de la juridiction communautaire.
« Si Mamadi Doumbouya était réellement préoccupé par la libération d’Aliou Bah et non par la volonté de s’octroyer un humanisme qu’il n’a pas, il aurait tout simplement appliqué, comme il en a l’obligation, l’arrêt de la Cour de la CEDEAO », soutient-il.
« Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle »
Cellou Dalein Diallo refuse ainsi d’attribuer à une éventuelle clémence présidentielle le mérite de la libération d’Aliou Bah.
« Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle. S’il y a un mérite dans cette libération, il revient à son courage, à sa constance, à sa résilience et à la Cour de justice de la CEDEAO », affirme-t-il.
L’ancien Premier ministre conclut en appelant les Guinéens à ne pas accepter que la volonté personnelle du chef de l’État se substitue aux règles de droit.
« Refusons que le fait du Prince soit notre boussole, qu’il remplace la Constitution et les lois de la République et qu’il devienne une épée de Damoclès qui pèse sur notre pays et plane sur toutes nos têtes », lance Cellou Dalein Diallo.
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