Du 3 au 5 décembre 2025, Conakry a accueilli le 20ᵉ Congrès conjoint de la Société Africaine Francophone d’Ophtalmologie (SAFO) et le 2ᵉ Congrès de la Société Guinéenne d’Ophtalmologie (SGO). Pendant trois jours, des experts venus de toute l’Afrique francophone et d’autres pays du monde se sont réunis pour échanger sur deux thématiques cruciales de santé publique : les glaucomes primitifs à angle ouvert, principal thème du congrès, et les amétropies en milieu scolaire, retenues comme sous-thème. Ces assises ont permis de débattre des avancées scientifiques, de partager des expériences, d’examiner les défis propres au continent africain et de formuler des recommandations stratégiques pour améliorer la prise en charge ophtalmologique. Innovations technologiques, intelligence artificielle, prise en charge pédiatrique, amélioration des formations, prévention de la cécité : plusieurs pistes ont été explorées afin d’apporter des solutions durables aux communautés africaines, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.
Docteur Abdoul Karim Baldé, ophtalmologiste, président du comité scientifique de la Société guinéenne d’ophtalmologie, a rappelé la gravité des glaucomes primitifs à angle ouvert, première cause de cécité irréversible dans le monde.
« En trois jours, du 3 au 5 décembre, toute l’Afrique francophone s’est réunie à Conakry pour débattre des points essentiels d’une problématique très importante et qui constitue une hantise pour nous, ophtalmologistes : il s’agit des glaucomes primitifs à angle ouvert, une pathologie silencieuse qui représente la première cause de cécité irréversible au niveau mondial. Tous les scientifiques et chercheurs de l’espace francophone et même d’autres pays se sont retrouvés à Conakry pour analyser cette problématique, trouver ensemble des solutions et mettre en avant de nouvelles pratiques. Nous avons abouti à des conclusions et des résolutions qui vont durablement orienter nos pratiques et impacter positivement nos communautés. S’agissant des glaucomes, beaucoup d’avancées ont été présentées. Pour la neuropathie optique glaucomateuse, les traitements par laser et les traitements génétiques ont été largement débattus et codifiés. Nous avons également mis en place une commission chargée de travailler sur les innovations liées à l’intelligence artificielle, car l’IA s’applique désormais au domaine médical, particulièrement en ophtalmologie. Les enfants n’ont pas été laissés de côté : nous avons abordé les amétropies en milieu scolaire, qui concernent le domaine infantile. Il faut dépister ces troubles beaucoup plus tôt. Nous insistons pour qu’en Guinée, dans le carnet de l’enfant, la consultation ophtalmologique soit inscrite de manière obligatoire, et que les dépistages soient plus fréquents pour éviter que les enfants n’arrivent à l’âge scolaire avec des problèmes non pris en charge. Nous prévoyons de formuler des recommandations au Ministère de la Santé afin que ces dépistages précoces deviennent effectifs dans les années à venir. Nous avons aussi parlé de l’école DESSO–KADESSO, basée à l’hôpital national Donka, qui forme les ophtalmologistes guinéens et ceux de la sous-région. Pour pérenniser cette école, il faut des ressources humaines. C’est pourquoi nous menons des échanges avec des enseignants guinéens mais aussi étrangers, venus d’Afrique et d’ailleurs. Nous continuons à améliorer nos programmes de formation dans ce domaine », a-t-il souligné.
De son côté, le Docteur André Omgbwa Eballé, ophtalmologiste à Yaoundé, a déclaré que les objectifs du congrès ont été pleinement atteints.
« Les objectifs de ce congrès ont été totalement atteints. Les thèmes principaux étaient les glaucomes et les amétropies en milieu scolaire, deux problématiques majeures de santé publique. Le glaucome est la première cause de cécité irréversible. Il pose des problèmes sérieux en Afrique, notamment chez les sujets noirs, chez qui il est particulièrement difficile à diagnostiquer au début et très compliqué à traiter. Souvent, les patients arrivent à un stade trop avancé, quand la cécité est déjà installée. Les amétropies en milieu scolaire sont, elles, une cause importante d’échec scolaire. Elles figurent parmi les premières causes de baisse de l’acuité visuelle et de malvoyance. L’OMS recommande aujourd’hui que les sociétés nationales et les communautés s’impliquent dans la lutte contre la malvoyance liée aux amétropies, notamment l’hypermétropie, la myopie et l’astigmatisme. Des projets sont en cours dans les programmes nationaux de santé oculaire. La SAFO a pris les devants pour encourager les sociétés nationales à mettre en œuvre des stratégies efficaces contre les amétropies en milieu scolaire. De fortes recommandations ont été adoptées dans le cadre de la lutte contre la cécité liée au glaucome et aux amétropies. L’organisation du prochain congrès a été confiée au Niger en 2026. Il y a eu d’importantes innovations, notamment l’introduction de l’intelligence artificielle dans le diagnostic, le traitement et la prise en charge de pathologies telles que les glaucomes, la rétinopathie diabétique, ainsi que pour le dépistage des amétropies en milieu scolaire », a fait savoir le Docteur André Omgbwa Eballé.
Pour sa part, Professeure Béreté Koulibaly Rockya, enseignante-chercheure à l’Université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody (Côte d’Ivoire), a salué la qualité des travaux scientifiques. Elle se dit confiante quant à l’impact des recommandations issues de ces assises sur le diagnostic précoce, la prise en charge et l’accompagnement des patients.
« Ce congrès a été riche, riche en enseignements, car il abordait un thème très important : le glaucome. Le glaucome primitif est un véritable “voleur silencieux de la vue”, car il détruit la vision progressivement, sans que le patient ne s’en rende compte. Au niveau mondial, environ 60 millions de personnes sont atteintes de glaucome, et près de 12 % parmi elles deviennent aveugles à cause de cette maladie. En Afrique, on compte entre 5 et 8 millions de personnes atteintes, avec plus de 10 % de non-voyants. C’est donc un véritable problème de santé publique. La pathologie est sous-diagnostiquée : les patients ne viennent pas tôt, car c’est une maladie chronique et silencieuse. Lorsqu’ils arrivent à l’hôpital, c’est souvent trop tard, les dommages sont déjà avancés. Le diagnostic pose aussi problème : les centres spécialisés sont parfois éloignés, les patients manquent de moyens, et même lorsque le diagnostic est posé, la prise en charge souffre d’un manque de compliance des patients. Je repars très satisfaite : le comité scientifique a fait un travail excellent. Nous avons eu de nombreuses communications et la présence d’experts venus d’Afrique, d’Europe et d’ailleurs. Je remercie la docteure Ramata Baldé, présidente du comité d’organisation et présidente de la Société guinéenne d’ophtalmologie, pour son leadership. Nous avons formulé des recommandations sur le diagnostic, la prise en charge et l’accompagnement des patients. Je suis confiante : nous avons atteint nos objectifs, et je suis persuadée que les comportements vont évoluer vers un diagnostic plus précoce et une meilleure prise en charge. Ces trois jours de travaux intenses ont été très fructueux », a-t-elle indiqué.
Ismael Diallo pour Guineematin.com














