Lors d’une rencontre tenue ce vendredi à Conakry, le ministre de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire chargé de la récupération des domaines spoliés de l’Etat a tiré la sonnette d’alarme sur la question foncière, qu’il considère comme l’un des défis majeurs pour l’avenir de l’agriculture en Guinée.
« Les acteurs présents dans cette salle sont légitimes pour décider des réformes foncières dans notre pays et proposer des solutions durables, à travers des lois, des arrêtés et des décrets qui permettront de régler cette question une bonne fois pour toutes », a-t-il déclaré.
S’interrogeant sur la présence de l’Agent judiciaire de l’État dans la Commission nationale de réforme foncière, le ministre a apporté une réponse sans détour :
« Si vous regardez les dossiers pendants dans nos tribunaux, plus de 70 % sont liés aux conflits fonciers. Voilà pourquoi sa participation est essentielle. »
Même logique pour la Chambre nationale d’agriculture et le ministère de l’Agriculture. « Nous sommes aujourd’hui face à un véritable drame. Si nous ne freinons pas cette dérive, dans 10 ou 15 ans, nos agriculteurs n’auront plus de terres à cultiver à cause de la prolifération de quartiers installés illégalement sur des domaines agricoles », a-t-il averti.
Selon Mory Condé, il n’est plus rare de voir, dans plusieurs régions et préfectures du pays, des quartiers se créer sans aucun respect du plan d’occupation du sol ni du règlement général d’urbanisme. « N’importe quel agriculteur peut aujourd’hui être dépossédé de son champ au profit de la parcellisation, parfois avec la complicité de certains cadres de l’Urbanisme, des services des domaines et du cadastre, voire d’autorités administratives ou d’élus locaux défaillants », a-t-il dénoncé.
À titre d’exemple, il a cité les communes rurales de Wonkifong et Kouria, aux portes de Conakry, où des zones agricoles ont été « carrément spoliées au vu et au su de tout le monde ».
Conséquence directe : « Le ministère de l’Agriculture peut prévoir d’accompagner les producteurs, mais il arrive qu’il y ait plus de soutien que de terres disponibles pour travailler », a-t-il regretté.
Rappelant le rôle initial de la Chambre nationale d’agriculture comme passerelle entre l’État et les producteurs, Mory Condé a déploré qu’aujourd’hui, son action se limite presque uniquement à la gestion des engrais, faute de terres agricoles disponibles. « L’essentiel du patrimoine foncier de l’État a été spolié au profit d’individus qui ont quitté le secteur agricole pour faire de la spéculation foncière », a-t-il souligné.
En guise de comparaison, le ministre a cité le Bangladesh :
« Ce pays, avec seulement 6,5 millions d’hectares de terres arables, parvient à nourrir presque toute l’Afrique et une partie du Moyen-Orient. La Guinée, avec plus de 10 millions d’hectares selon les statistiques, a pourtant du mal à nourrir même la moitié de sa population. »
Et de conclure, amer : « Le peu de terres agricoles qui nous reste est spolié chaque jour. Si rien n’est fait, nous allons droit dans le mur. »
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