Lors d’une rencontre entre autorités administratives et cadres du secteur foncier, le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État, Mory Condé, a dressé un constat sans détour : le foncier immobilier est devenu l’un des principaux canaux de blanchiment de capitaux en Guinée.
Le ministre a d’abord dénoncé la spoliation massive des domaines industriels de l’État. « Il y a deux ans, l’un des engagements du chef de l’État était la relance des unités industrielles héritées de la période post-indépendance. Aujourd’hui, c’est triste de constater que le foncier de la plupart de ces unités a été complètement spolié », a-t-il regretté.
À titre d’exemple, Mory Condé a cité l’usine de briques de Kankan : « Ce site ne fait presque plus partie du patrimoine immobilier de l’État, il est devenu une propriété privée. Pendant que les autorités se battent pour relancer les unités industrielles, certains ont pris soin de sortir leur foncier du portefeuille de l’État pour le brader à des individus. »
Selon lui, ce cas est loin d’être isolé. « C’est un cas sur mille. Du parc immobilier industriel qui existait de Manéyah à Lola, plus de 70 % des titres fonciers ont été bradés. Des constructions y ont été érigées avec la complicité de certains services de l’habitat, puisque ce sont eux qui délivrent les permis de construire, les plans de masse, et les transactions se font chez les notaires », a-t-il accusé.
Face à cette situation, le ministre plaide pour une implication plus forte de tous les acteurs clés. « Nous avons tenu à ce que les notaires soient présents afin qu’ils contribuent aux décisions à prendre dans leur secteur, mais aussi à l’élaboration des lois issues de la Commission nationale de réforme foncière, en tenant compte des spécificités de chaque domaine », a-t-il expliqué.
Mory Condé a également souligné que l’essentiel des contentieux judiciaires actuels concerne le foncier. « Si l’on faisait le point sur les dossiers suivis par les avocats au barreau de Guinée dans les cours et tribunaux, on verrait que la majorité touche aux questions foncières et aux transactions immobilières », a-t-il affirmé.
Enfin, le ministre a replacé le débat dans un contexte plus large. « Aujourd’hui, le monde est confronté au blanchiment d’argent. Et partout, le foncier immobilier est le secteur où le financement du terrorisme et le blanchiment battent leur plein. C’est là que près de 90 % de l’argent mal acquis est blanchi », a-t-il martelé.
D’où son appel clair : « C’est pour cette raison que nous avons voulu la présence des magistrats, à travers le ministère de la Justice, afin qu’ils participent activement aux travaux de la réforme foncière. »
tabala.info














